Cet entretien d'assistance d'un chef de cuisine dans un joli restaurant était d'une tristesse...


Mon rôle de Conseiller du Salarié me fait découvrir toutes sortes de lieux professionnels, ici ce fut un restaurant très branché, avec même un menu Facebook.


Le cuisinier convoqué par lettre recommandée à un entretien préalable au licenciement avait tenu à venir me rencontrer la veille, à bout de nerf.
Il crevait de trouille d'être viré.


Pourquoi on lui avait demandé par SMS de ne pas revenir travailler avant la date de cet entretien? Il prétendait ne rien savoir, ne pas comprendre...
Nerveux aussi l'employeur qui nous a reçus dans la salle de restaurant tout juste après le service de midi.


"Tu m'insultes devant les clients" lança t'il immédiatement après les présentations.
"Pourquoi tu me fais ça? Elle n'est pas une pute, ma mère, elle est morte l'année dernière, je ne suis pas un fils de pute, pourquoi tu me fais ça?".


Le restaurateur semblait outré, blessé et mon salarié était devenu encore plus blème. Le flot de reproches  ne faiblissait pas.


J'avais quant à moi du mal à appréhender la situation: qu'est-ce que ces insultes?


"Jamais de la vie, qui vous a dit ça?" objecta le salarié.
"J'ai des témoignages de tes collègues" précisa le patron.
"Ce sont des menteurs, qui a témoigné contre moi?"
Le patron lui donna le coup de grâce.
"Tous, même l'apprenti".


Le salarié que j'accompagnais semblait écrasé par le coup reçu. La lutte avait été brève, comme perdue d'avance.

Pour justifier ma présence je me lance alors dans la bataille et je dis que des témoignages de collègues, pour être recevables, doivent répondre à des conditions légales, être datés, précis...et je demande à voir ces témoignages.


Autant prêcher dans le désert, ils étaient trop dans leur histoire pour m'entendre. Le patron ne pris pas la peine de ma répondre et a ajouté qu'il avait aussi des témoignanges de clients.
Le chef de cuisine était vaincu depuis longtemps.


Des témoiognages de clients affirmant que le chef insultait son patron en cuisine à si haute voix que dans la salle les clients en étaient gènés.
Quand le passe plat restait ouvert...


Le passe-plat, ce trou dans le mur entre la cuisine et la salle par lequel on passe les assiettes chaudes est aussi redoutable qu'un micro ou une caméra cachée, mais tout à fait légal! Il était muni d'une porte fermée en dehors des services, à la manière d'une porte de buffet.


Aucune déclaration à la CNIL n'est exigée pour poser un passe plat ! Et je découvrait donc que c'était un outil pouvant servir à surveiller le personnel.


Je vois souvent des entreprises chercher à licencier un salarié par des tours de passe-passe, c'est la première fois que je vois un licenciement justifié par un trou de passe-plat!

Quant aux clients qui témoignent contre un salarié, c'est toujours un très mauvais coup, très difficile à contrer en justice.