L'employeur m'a dit après coup qu'il était attaché "à ses gars", que sur l'année précédent la reprise par lui même de cette entreprise artisanale son prédécesseur avait embauché plus d'un salarié par semaine pour une quinzaine de postes de travail seulement .
Les gars ne restaient pas à l'époque.

Il était fier de la fidélité de ses salariés.


Lui avait maintenu la même équipe depuis 10 ans, mais le salarié que j'avais assisté ce matin posait problème...
On venait de mener un entrettien préalable au licenciement; l'artisan, son ouvrier et moi comme conseiller du salarié.


L'ouvier en question était terrifié à l'idée de perdre son job après 10 ans dans l'entreprise et cherchait tout le temps auprès de son conseiller du salarié -moi - à être rassuré. Aider les salariés , je veux bien, mais  consoler un type de mon age n'est pas dans la fonction de conseiller du salarié!

Le grief unique exprimé par le chef d'entreprise était une soi-disant bagarre entre l'ouvrier et son chef d'équipe sur un chantier.
Le chef d'équipe aurait été dire à la gendarmerie que son collègue l'a frappé.


Pas moyen de lire le dépôt de plainte - on ne l'a pas parait-il- et pas moyen de savoir s'il existe  un certificat médical attestant des coups reçus.
Mais le salarié avait obtenu le témoignage écrit d'un autre ouvrier comme quoi il y avait bien eu une enguelade, mais pas de coups.

Dans ces situations l'employeur ne peut prendre la décision de licencier avant un délai de réflexion de deux jours.

L'entretien se finit sur ces bases mais j'ai donc eu ensuite une discussion avec le patron.

Celui-ci semblait désabusé, disait ne plus savoir qui croire entre le chef d'équipe accusateur - qui avait déjà menti sur d'autres points- et le salarié convoqué... qui buvait.


Ca, je m'en étais douté à l'odeur de vin rouge de son haleine à 8 heures du matin, mais je pensais que c'était dû au stress du probable licenciement.
"Je ne peux rien lui faire faire l'après-midi; je dois le mettre dans une équipe de trois pour que les deux autres l'aient à l'oeil".
"Avez-vous averti la médecine du travail?" Non il n'y avait pas pensé.
"On ne l'a jamais pris en train de boire: on entend juste le "ploc" quand il les ouvre".


Le gars sifflait ses litres par petites gorgées au cours de la journée et cette engeuelade ou bagarre supposée donnait l'occasion à l'employeur de se débarrasser de lui : une occasion comme ça, il faut la saisir!

Et ce collaborrateur qui avait de la bouteille fut viré parce qu'il l'aimait un peu trop.